Gatayes

 

Guillaume Pierre Antoine Gatayes - ou Gataye - (1774-1846), professeur de harpe, de chant et de guitare et compositeur, était fils naturel du prince de Conti et de l'actrice de la Comédie-Italienne Anna-Marina Véronese, dite Mlle Coraline (1730–1782), à laquelle Conti avait fait obtenir le titre de marquise de Silly.

Laissons la plume à Fétis pour nous conter sa biographie, dans des termes aussi pittoresques que politiquement marqués :

Destiné dès son enfance à l'état ecclésiastique (parce que son frère, marquis de Montréal et enfant naturel comme lui, était destiné à recueillir la fortune de la marquise), on lui fit commencer les études nécessaires, et on le mit au séminaire, sous le nom de l'abbé Vénicourt. Dominé par un penchant irrésistible pour la musique, il y avait introduit en secret une guitare sur laquelle il étudiait,  à l'aide d'une méthode, les positions et les accords. Le pianissimo qu'il employait dans  ses exercices n'empêcha pas que la guitare ne fût découverte et qu'on ne la lui enlevât. Désespéré de ce contretemps, il résolut de s'affranchir de toute gêne, et s'enfuit du séminaire,  en 1788. Dès lors, sa mère ne voulut plus s'occuper de lui. Les troubles de la révolution  survinrent, le prince et la marquise sortirent de France, et leur fils, âgé seulement de seize ans, se trouva livré à ses propres ressources. Une blessure grave au genou le retenait au lit :  il en profila pour continuer ses études de guitare. 

Ce fut alors qu'il quitta le nom de Fénicourt pour celui de Gatayes dans le but de faire  oublier son origine aux hommes qui se partageaient le pouvoir révolutionnaire. Le hasard  le mit précisément dans le même temps sous la  protection d'un conventionnel dont le nom remplissait la France d'épouvante : cet homme était  Marat. Il se trouva que Gatayes habitait la même maison que lui et sur le même palier. Il chantait souvent des romances charmantes de sa composition et s'accompagnait de la guitare.  Cette musique toucha le monstre : un matin il entra chez le voisin qui lui charmait l'oreille,  l'obligea de continuer et après l'avoir écouté pendant une demi-heure, il sortit en l'invitant à venir quelquefois causer avec lui. Ce fut peu  de mois après que Marat fut frappé mortellement dans son bain par Charlotte Corday.

Attiré par le bruit et les cris, Galayes courut à l'appartement de son voisin, naguère si  redoutable : il vit cette belle fille, au regard noble et pudique, calme au milieu du peuple  en fureur qui se précipitait sur elle, et résignée au sort qui l'attendait. 

Le nom de Galayes commençait à être connu  par ses romances, qui eurent un succès de  vogue, et dont une, Mon délire, fut chantée  par toute la France. 

En 1790, il avait fait  paraître sa méthode de guitare, écrite à l'âge de dix-sept ans, et qui fut longtemps la seule  en usage en France. En 1793, Gatayes prit quelques leçons de harpe, et deux ans après il  publia une méthode pour cet instrument. Il a  beaucoup écrit pour la guitare et pour la harpe.

Outre des ouvrages pédagogiques, il a publié des oeuvres pour ces deux instruments, en solo ou en musique de chambre.

Un de ses fils, Joseph Léon (1805-1877), fut d'abord harpiste et compositeur, mais se tourna ensuite, sous l'influence de son ami Alphonse Karr, vers la littérature et le journalisme. Un autre, Félix (1809 - après 1860), fut pianiste et compositeur.

Selon Christine Naslin-Gaudin dans son article Harpe pour l'Encyclopédie de la Franc-maçonnerie par divers auteurs sous la direction d'Eric Saunier (Pochothèque, 2000), il fut membre de Sainte-Thérèse des Amis de la Constance en 1805 (Rose-Croix et affilié libre), de Saint Alexandre d'Écosse en 1806 et de La Trinité, et a composé un cantique maçonnique.

Nous avons trouvé celui-ci (malheureusement sans sa partition) dans le Tome I des Annales maçonniques (p. 174), où l'appartenance de Gatayes à l'Ordre est d'ailleurs (voir ci-contre) explicitement mentionnée.

Il a composé sur des textes de Desaugiers et de Brazier, et a dédié un Duo à son ami H. A. Kretschmer.

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