Franz Liszt

En cliquant ici, vous entendrez le début du Chant de Mignon (sur un texte de Goethe), interprété par Brigitte Fassbaender accompagnée par Jean-Yves Thibaudet (CD Liszt-Lieder Decca 430 512-2)

 

Franz Liszt (1811-1886) est suffisamment connu en tant que musicien pour qu'il ne soit pas nécessaire de le présenter ici.

Liszt fut initié le 18 septembre 1841 à la Loge francfortoise Zur Einigkeit (l'Union) et reçut, en présence du futur empereur Guillaume Ier, le 2e grade le 8 février 1842 à la Loge de Saint Jean la Concorde à l'Orient de Berlin dont il avait été fait, 4 jours plus tôt, membre d'honneur en tant que artiste adoré, frère et homme estimé.

Les sources divergent quant à son élévation au 3e grade : d'après Cotte, ce serait seulement en 1870 qu'elle se serait produite, à la Loge Zur Einigkeit à l'Orient de Budapest; selon Gefen au contraire, elle eut lieu dès le 22 février de l'année 1842, dans la même Loge que celle de son deuxième grade. Philippe Autexier, qui a fait sur cette question des recherches approfondies, confirme cette version dans sa Lyre Maçonne.

Liszt fut aussi membre d'honneur de diverses autres Loges :

Il donna également des concerts dans des Loges ou dans des sociétés musicales liées aux Loges, à Cologne, Solingen, Iserlohn et Zurich ainsi qu'à Reims (à la Loge la Sincérité, le 3 décembre 1845). 

A partir de 1848 - moment où il délaissa sa carrière de concertiste au profit de celle de compositeur -, il prit quelques distances vis-à-vis de la Franc-Maçonnerie et cessa de fréquenter les Loges. Son catholicisme vira au mysticisme et en 1861, avec un grand projet de rénovation de la musique religieuse, il s'installa à Rome où il devint abbé en 1865. C'est l'époque de l'aggravation du conflit entre l'Eglise et la Franc-Maçonnerie, sous le pontificat de Pie IX.

C'est seulement au début des années 1870 qu'il renoua discrètement avec la Franc-Maçonnerie et recommença (à Budapest) à fréquenter les Loges, mais de manière sans doute fort occasionnelle ; en 1881, il donna à Presbourg (Bratislava) un concert organisé par la Loge  Zur Verschwiegenheit (la Discrétion) pour l'érection d'une statue de Hummel.

L'humour de Liszt ...

A l'hôtel de l'Union de Chamonix, où il séjournait durant l'été 1836, Liszt avait rempli sa fiche de la manière suivante :

Lieu de naissance : Parnasse 
Profession : Musicien Philosophe
Venant de : Doute
Allant à : la Vérité

... et son amertume

... tout le monde est contre moi. Catholiques, car ils trouvent ma musique d'église profane, protestants car pour eux ma musique est catholique, francs-maçons car ils sentent ma musique cléricale ... Cet extrait d'une lettre de Liszt à Odon Mihailovitch est cité (d'après Serge Gut) par Yves Hivert-Messeca dans le Tome II de sa monumentale tétralogie, l'Europe sous l'acacia (Dervy, 2012, p. 378).

Textes maçonniques de Liszt

1. Sa lettre de candidature

Je soussigné Franz Liszt, fils d'Adam Liszt, né le 22 octobre 1811 à Raiding (Comitat d'Oedenbourg), catholique romain et domicilié à Paris, atteste et confirme expressément par la présente que c'est librement que j'ai fait part à mon ami, M. Wilhelm Speyer, de mon désir de devenir franc-maçon et que je renouvelle ce souhait. Je certifie également que je n'ai posé ma candidature dans aucune autre loge ni n'appartiens à une société secrète dont les obligations seraient contraires aux devoirs demandés par la franc-maçonnerie. Je promets en revanche sur ma conscience et mon honneur que je me soumettrai aux anciens usages et règlements de celle-ci et que je garderai le silence le plus absolu sur ce que j'aurais pu apprendre ou sur ce que j'apprendrai de la franc-maçonnerie, que j'y sois ou non reçu.

Signé de ma main, Francfort-sur-le-Main, le 18e jour du 9e mois de l'an 1841 Franz Liszt

2. Ses réponses aux questions posées 
le jour de son initiation

Traditionnellement, trois questions sont posées à l'impétrant.

Ce fut le cas de Liszt, et les manuscrits autographes de ses réponses ont été conservés. On les trouvera ci-dessous, transcrits, traduits et commentés par Alain Pie.

1) Was ist die Bestimmung des Menschen?

Die Bestimmung des Menschen ist nach möglichster  Vervollkommnung in Wahrem, Gutem und Schönem zu streben, und dadurch - soweit es seine schwachen Grenzen zulassen - seinem Schöpfer ähnlich werdend, sich zu nähern (1).

1) Quelle est la destination 
de l'Homme
?
(2)  

La destination de l'Homme est d'aspirer au plus grand perfectionnement possible dans le domaine du Vrai, du Bon et du Beau et par là même - dans la mesure où ses faibles limites le [lui] permettent - devenant semblable à son Créateur, de s'en rapprocher.

(1) Il semblerait que sous l'émotion Liszt ait eu quelques problèmes de formulation : en effet, il omet à la fin de reprendre le mot "Créateur" par un pronom personnel; le traducteur s'est efforcé de rendre cette incorrection grammaticale par l'emploi de "en" au lieu de "de Lui".
(2) traduction traditionnelle du titre de l'ouvrage que publia en 1800 le philosophe allemand Johann Gottlieb Fichte, élève de Kant et auteur de
conférences sur la Philosophie de la Maçonnerie.

2) Was erwarten Sie von der Freimaurerei für Ihren Geist, für Ihr Herz und für Ihr zeitliches Glück?

Ich glaube und hoffe in eine Verbindung guter und ernstlicher Menschen zu treten, die sich zu weisen, langbewährten Zwecken arbeitend vereinen; ich glaube und hoffe daß mein Geist Nahrung finden wird und daß in Nöthen und Gefahren ich brüderliche Hände mir entgegengestreckt sehen werde.

2) Qu'attendez-vous de la franc-maçonnerie pour votre esprit, pour votre cœur et pour votre bonheur temporel ?

Je crois et espère entrer dans une corporation de personnes bonnes et sérieuses qui se réunissent, travaillant à de sages finalités dont la validité s'est confirmée au cours des temps; je crois et espère que mon esprit trouvera de quoi se nourrir et que dans les moments de détresse et de danger je verrai des mains fraternelles tendues vers moi.

3) Was hat die Freimaurerei von Ihnen zu erwarten?

Der Orden wird mich stets mit Wort und That bereit finden, an allen seinen guten Zwecken Theil zu nehmen, mich zu seinen ehrwürdigen Arbeiten zu gesellen. Der Orden, an dessen tiefe Weisheit ich ehrfurchtsvoll glaube, wird in mir, in allem was meinen religiösen und politischen Ansichten, meiner Ehre und meinem Gewissen nicht zuwieder (3) ist, einen gelehrigen Neophyten, ein folgsames Mitglied finden.

3) Qu'est-ce que la franc-maçonnerie a à attendre de vous ?

L'Ordre me trouvera constamment prêt en paroles et en actes à prendre part à toutes ses bonnes finalités, à me joindre à ses vénérables travaux. L'Ordre, à la profonde sagesse duquel je crois avec une crainte respectueuse, trouvera en moi, dans tout ce qui n'est pas contraire à mes opinions religieuses et politiques, à mon honneur et à ma conscience, un néophyte docile, un membre obéissant.

(3) C'est probablement encore sous l'émotion que Liszt écrit "zuwieder" au lieu de "zuwider"; cette orthographe n'est plus attestée à l'époque de Liszt depuis au moins deux siècles.

 Les sources des informations reprises dans cette page sont : 
Roger Cotte, la Musique maçonnique et ses musiciens 
Gérard Gefen, Les musiciens et la franc-maçonnerie

Philippe Autexier, La colonne d'harmonie 

Pour en savoir plus ...

... on lira également avec intérêt l'article de Bruno Moysan, Liszt et la franc-maçonnerie, dans le n° 565 (mars-avril 2010) de la revue L'éducation musicale, numéro qui consacre un riche dossier de 30 pages au thème Musique et franc-maçonnerie

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