Sigismund NEUKOMM 

En cliquant ici, vous entendrez le début du 2e mouvement, Menuetto - Allegro molto, de son Quintette avec clarinette op. 8, interprété par Eric Hoeprich avec l'Ensemble les Adieux (CD NCA C56217)

 

Fils d'un maître d'école, Sigismund Neukomm (1778-1858) passe toute sa jeunesse à Salzbourg, sa ville natale, où il étudie à l'université la philosophie et les mathématiques, mais où également il apprend la musique - et particulièrement l'orgue -, notamment avec Michel Haydn, le frère de Joseph.

En 1797 il s'installe à Vienne où il étudie les sciences naturelles et la médecine, tout en suivant les cours de Joseph Haydn, qui le prendra en affection, et en donnant des cours de piano et de chant, notamment à Franz Xaver Mozart.

Le goût des voyages, qui caractérisera toute sa vie, s'empare alors de lui.

Il part en 1804 à Saint-Pétersbourg et en 1806 à Stockholm, revient en Autriche en 1808; il part ensuite en France, d'abord à Montbéliard en 1809 puis en 1810 à Paris, où il se lie d’amitié avec Cherubini, Gossec et Grétry. Talleyrand en fait son pianiste puis, en 1812, son Directeur de la Musique pour remplacer Dussek, décédé. En 1814, Talleyrand l'emmène avec lui au Congrès de Vienne, où est donné en 1815 son Requiem à la mémoire de Louis XVI qui lui vaut un titre de chevalier de la Légion d'honneur décerné par Louis XVIII.

Neukomm et Talleyrand 

Dans la Vie quotidienne à Vienne au temps de Mozart et de Schubert (Hachette,1959), Marcel Brion raconte, à propos du Congrès de Vienne :

Talleyrand habitait le palais Kaunitz sur la Johannesgasse, non loin de la cathédrale Saint-Étienne. Il avait amené avec lui des diplomates de carrière, La Tour du Pin, Dalberg, La Besnardière, Alexis de Noailles, et son musicien préféré, Neukomm, d'origine autrichienne, qui avait encore des parents à Salzbourg. La passion pour la musique que montrait le prince de Bénévent le rendait sympathique aux Viennois ; ceux-ci se répétaient avec satisfaction et inscrivaient au crédit du Français le plaisir qu'il prenait à écouter jouer du piano même pendant qu'il travaillait. Alors qu'il lui arrivait de rester des journées entières sans parler à personne, Talleyrand gardait Neukomm auprès de lui et réclamait ce fond sonore dont il avait peut-être besoin pour mieux concentrer et rassembler ses idées. Neukomm racontait à ses amis que, lorsqu'il jouait ainsi à côté de la table de travail du ministre (quelquefois pendant plusieurs heures, car son silencieux compagnon le pressait de continuer si la lassitude l'obligeait à quitter le clavier un instant), il se demandait si Talleyrand l'écoutait véritablement ou poursuivait sa pensée sans prêter aucune attention à ce qui se passait à côté de lui.

C'est toujours grâce à Talleyrand qu'il a en 1816 l'occasion de s'installer à Rio de Janeiro, où il a accompagné une mission diplomatique dirigée par le comte de Luxembourg. Il y poursuit sa carrière musicale, devenant maître de chapelle du roi Jean VI et dirigeant des oeuvres de Mozart et de Haydn, tout en se livrant à d'autres passions comme l'entomologie et la botanique. Il y compose en 1819 un Libera me, Domine pour compléter le Requiem de Mozart.

En 1821, la révolution brésilienne le ramène à Lisbonne avec la cour royale, puis il se réinstalle à Paris, où il se remet au service de Talleyrand (qui lui fera attribuer en 1823 une rente viagère) et devient un protégé de la maison d’Orléans. 

A partir de 1826, il multiplie les tournées de concerts à travers toute l’Europe et même en Algérie. C'est lui qui en 1842 prononce à Salzburg le discours d'inauguration pour le monument Mozart.

Le catalogue de ses oeuvres comprend plus de 1300 pièces, dans tous les genres. En 1858, il a publié à Londres une méthode pour orgue. Théoricien, il s'est intéressé, comme Davaux, au chronomètre musical, publiant à Vienne en 1815 Anleitung, sich des musikalische Chronometers zu bedienen

Il collabora, comme Lefébure, avec le grand facteur d'orgues Aristide Cavaillé-Coll.

Il compta Lamartine et Mendelssohn parmi ses amis.

Parmi ses 14 frères et sœurs, Elise (1789-1816) fit à Vienne une belle carrière de cantatrice, tandis que Élisabeth, cantatrice, et Anton (1793-1873), professeur au conservatoire et organiste à Saint-Ouen, vécurent à Rouen. 

 

Nous avions longtemps maintenu Neukomm sur notre page Avis de recherche. Il se colportait en effet - et sa signature, visible ci-dessous, donne un indice dans ce sens - qu'il avait été maçon, mais sans que ce fait ait encore pu être documenté. 

Un élément nouveau et déterminant a cependant été apporté en 2006 par le musicologue Loïc Métrope. Dans une communication publiée, à la suite de l'article de Denis Havard de la Montagne, sur la page Neukomm du chapitre Biographies du riche site Musica et Memoria, celui-ci signale que, selon des documents qu'il a consultés au Fonds maçonnique de la Bibliothèque Nationale, Neukomm fut un des signataires de l'acte de constitution, daté du 7 novembre 1809, de la Loge de Montbéliard Les Amis Eprouvés et que sa signature figure aussi au Tableau de cette Loge pour 1809.

Cette découverte soulève cependant une question : pour avoir été membre fondateur d'une Loge en 1809, Neukomm devait en principe déjà être alors Maître maçon, et donc avoir été initié antérieurement dans une autre Loge. 

Le fait que Neukomm écrive dans ses mémoires, en parlant de Montbéliard :

Je vécus là chez un ami avec lequel je m'étais intimement lié en Russie ; et je m'y trouvai bientôt en relation avec des hommes remarquables par leurs connaissances.

donne à penser que ce pourrait être lors de son séjour à Saint-Pétersbourg.

Dans un complément apporté en septembre 2008 sur la même page par le même spécialiste, assisté cette fois de Philippe d’ANCHALD et Rosana LANZELOTTE, sont également exposés en détail les liens de Neukomm (et de son frère) avec la Loge Les Chevaliers de la Croix (où il était en 1810 Maître des Cérémonies et en 1811 chargé du Comité de Musique) et avec le (pseudo-maçonnique, même si nombre de maçons en vue crurent bon d'en faire partie) Ordre du Temple de Fabré-Palaprat, qui s'y était souché - Ordre qui précisément était également répandu au Brésil (Dom Pedro en était membre honoraire).

Les trois points dans la signature

L'indice des trois points apparaît clairement dans la signature de Neukomm.

Cet indice, à défaut des preuves récemment apportées par Loïc Métrope, pouvait-il être avant cela considéré comme déterminant ? 

Dans leurs numéros de septembre 1985 et février 1987, les Cahiers d'Occitanie de la GLNF s'interrogent sur cette question, et relèvent qu'une telle triponctuation était couramment utilisée par des profanes, comme en témoigne cette signature de ... 1714 !

Dans Pénitents et Francs-maçons de l'Ancienne Provence (Fayard, 1984, p. 207), Maurice Agulhon estime pour sa part peu probable que les trois points soient un signe certain d'appartenance maçonnique, cette mode étant trop répandue et banalisée à la fin de l'ancien régime.

Dans les Francs-maçons dans la ville : Dinan (1981), l'historien Jacques Brengues estime également que cette méthode d'identification d'une éventuelle appartenance à la maçonnerie n'est pas fiable.

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