Johann Adolf Scheibe

En cliquant ici, vous entendrez le début du 1er mouvement (Vivace) de son concerto en ré majeur pour flûte, cordes et basse continue, interprété par Irene Spranger accompagnée par le Concerto Copenhagen dirigé par Andrew Manze (CD Chandos Chan 0535)

 

Fils d'un facteur d'orgues de Leipzig, Johann Adolph Scheibe (1708-1776) fut un compositeur estimé (il l'est encore de nos jours : sa discographie n'est pas négligeable, certains enregistrements pouvant d'ailleurs être écoutés sur Youtube) et un musicologue dont, un siècle plus tard, Fétis vantait encore la clairvoyance et que, plus récemment, Nettl décrivait comme one of the most formidable theorists and critics of his day (cfr leurs textes cités ci-dessous).

Il est l'auteur des recueils Neue Freymäurer-Lieder en 1749 et Vollständiges Liederbuch der Freymäurer en 1776 (parmi les chansons de ce recueil, certaines font l'objet de pages de ce site : celles des pages 32, 90 et 170).

Selon Basso, il aurait été initié à la Loge Zorobabel de Copenhague peu après son arrivée dans cette ville en 1744, année qui fut d'ailleurs celle de la fondation de cette Loge.

 

Ce portrait de Scheibe ne dissimule aucunement le fait qu'il fût borgne. 

Fétis 

Voici ce que dit Fétis de Scheibe dans son Tome 7 :

SCHEIBE (Jean-Adolphe), naquit à Leipsick, en 1708. Doué d'heureuses dispositions pour la musique, il commença l'étude de cet art dès l'âge de six ans. A la même époque, il eut le malheur de perdre l'œil droit par l'inadvertance d'un ouvrier, dans l'atelier de son père. A neuf ans, il se livra à l'étude du clavecin, mais il ne put le faire d'une manière suivie qu'après avoir atteint sa quatorzième année. En 1725, il suivit les cours de droit de l'université, après avoir achevé ses humanités au collège de Saint-Nicolas ; mais bientôt la ruine de son père l'obligea à les abandonner pour la musique, qui lui offrait des ressources plus immédiates. Il reprit donc avec ardeur ses exercices sur le clavecin et sur l'orgue, dans l'espoir d'obtenir une place d'organiste. Plusieurs devinrent vacantes à Leipsick, mais malgré ses efforts il ne put parvenir à en obtenir une seule. Désespérant de réussir dans cette carrière, il crut qu'il serait plus heureux dans la composition, qui partagea ses travaux avec la théorie de la musique. Après avoir donné pendant quelques années des leçons de clavecin à Leipsick, il fit, en 1735, un voyage à Prague et à Gotha. Après un court séjour à Sondershausen, il se rendit à Hambourg, dans l'espoir d'y être employé comme compositeur à l'Opéra ; mais ce spectacle ayant été fermé peu de temps après, Scheibe entreprit la publication d'un écrit périodique intitulé le Musicien critique, dans l'espoir que la littérature de l'art lui serait plus utile que l'art lui-même. Malgré quelques tracasseries, la fortune sembla lui devenir plus favorable, en 1740, qu'elle ne l'avait été jusque-là, car le margrave de Brandebourg-Culmbach le nomma son maître de chapelle. Scheibe, dans cette nouvelle position, n'interrompit pas la publication de son Musicien critique, qui souleva contre lui d'assez vives attaques de la part de Mizler et de Schrœter, parce qu'il avail dit, dans un des numéros de cet écrit, que les mathématiques sont absolument inutiles à la théorie de l'harmonie. La réputation de savant musicien, que lui avait procurée cette publication, lui fit obtenir, en 1744, la place de maître de chapelle du roi de Danemark. L'année suivante, il donna une deuxième édition du Musicien critique, augmentée des discussions que cet écrit avait fait naître. Pendant les douze ou quinze années qui suivirent, son sort fut heureux, et il se livra à la composition avec beaucoup d'activité ; mais l'arrivée de Sarti à Copenhague lui fit perdre sa position ; car ses lourdes productions ne pouvaient lutter avec la musique élégante et facile du compositeur italien. Scheibe fut mis à la retraite, en 1758, avec une pension de quatre cents écus. Il vécut encore dix-huit ans, occupé de travaux scientifiques relatifs à la musique, et mourut à Copenhague, au mois d'avril 1776, à l'âge de soixante-huit ans.

La plupart des compositions de Scheibe sont restées en manuscrit : elles consistaient en plus de deux cents morceaux de musique d'église, cent cinquante concertos pour la flûte, composés pour le margrave de Brandebourg-Culmbach, trente concertos pour le violon, soixante-dix symphonies à quatre parties, une multitude de trios et de sonates pour le clavecin, un opéra en langue danoise, des cantates italiennes et allemandes, et beaucoup de chansons. Tout cela parait avoir été dépourvu d'imagination. On n'a imprimé de cette immense quantité d'ouvrages que ceux-ci : Tre sonate per il cembalo obligato e flauto traverso, op. 1 ; Nuremberg, in-fol. Musikalische Erquick-Stunden, consistant en six sonates pour flûte et basse continue ; Leipsick, 1729, in-fol. Thusnelda, opéra danois en quatre actes, avec une préface sur la possibilité et les qualités d'un bon opéra ; Leipsick et Copenhague, 1749. Chansons de francs-maçons ; Copenhague, 1749. Cantates tragiques à deux voix, avec accompagnement de clavecin, précédées d'une préface sur le récitatif en général, et sur les cantates en particulier ; Copenhague et Leipsick, 1765. Chansons morales pour des enfants, avec une préface sur ce genre de compositions ; Flensbourg, 1766. Parmi ses compositions manuscrites, son oratorio de la Résurreclion et de l'Ascension de Jésus-Christ a été distingué de son temps comme un ouvrage bien écrit.

Scheibe n'a conservé de réputation que par ses écrits sur la musique. Il y fait preuve non seulement de savoir, mais, ce qui était plus rare de son temps parmi les musiciens, d'esprit d'analyse et de vues ingénieuses. Par exemple, il est le premier qui ait dit que l'origine de l'harmonie se trouve chez les peuples du Nord. Cette assertion, alors si neuve, prouvait que son auteur avait attentivement examiné la question : elle ne fut cependant pas remarquée ; mais peu de temps après, Jean-Jacques Bousseau la reproduisit, et les écrivains français la traitèrent d'insoutenable paradoxe, quoique le fait ne puisse plus être aujourd'hui contesté. Les ouvrages de littérature musicale et de théorie publiés par Scheibe sont les suivants : Der Critischen Musicus (le Musicien critique), journal hebdomadaire dont il parut soixante-dix-huit numéros ; Hambourg, 1737-1738, in-8°. En 1745, il donna à Leipsick une deuxième édition de ce recueil, augmentée de plusieurs dissertations et de pièces relatives aux discussions de l'auteur avec Birnbaum , Mizler et Schrœter, quatre parties, grand in-8° de mille cinquante-neuf pages. Abhandlung von den musikalischen Intervallen und Geschlechten (Traité des intervalles et des genres musicaux), Hambourg, 1730, in-8° de cent quatorze pages. Dans cet ouvrage, Scheibe considère les intervalles absolument musicalement et sans aucun rapport avec les proportions mathématiques. Abhandlung von Ursprunge und Aller der Musik, insonderheit der Vokalmusik (Dissertation sur l'origine et l'antiquité de la musique); Altona, 1754, in-8° de cent sept pages, avec une préface critique de LXX p. qui peut être considérée comme une des meilleures productions de Scheibe. Beantwortung der unparteïschen Anmerkungen über eine bedenkliche Stelle in dem sechsten Stücke des Kritischen Musicus (Réponse aux remarques sur un passage important du sixième numéro du Musicien critique) ; Hambourg, 1738, in-8° de quarante pages. Les remarques auxquelles Scheibe répond dans cet écrit sont celles que Birnbaum avait publiées sur la critique faite par Scheibe des compositions de J.-S. Bach, qu'il appelle pourtant un grand homme. C'est cette réponse qu'il inséra dans la deuxième édition de son Musicien critique. Schreiben an die Herren Verfass. der neuen verschiedener Schriften zur Aufnahme und Verbesserung der schœnen Wissenschaften und danischen Sprache, die in Sorau heraus kam (Lettre aux auteurs de l'écrit périodique publié à Sorau sous le titre : Recueil de pièces ayant pour objet les progrès des sciences et de la langue danoise) ; Copenhague, 1765, in-8° de cinquante-six pages. Une cantate que Scheibe avait composée pour la confirmation du prince royal de Danemark, et qui avait été critiquée dans le recueil de Sorau, donna lieu à cet écrit. Abhandlung über das Recitativ (Dissertation sur le récitatif), dans la bibliothèque (allemande) des sciences et des beaux-arts (tome II, pages 209-268, et tome XII, pages 217-266). Ueber die musikalische Composition (Sur la composition musicale), première partie, contenant la théorie de la mélodie et de l'harmonie ; Leipsick, Schwickert, 1773, un volume in-4° de six cents pages, avec une bonne préface historique et critique de LX pages. Cet ouvrage devait avoir quatre volumes ; mais la mort de l'auteur ne lui permit pas de l'achever. Dans le volume publié, Scheibe traite des intervalles, de l'harmonie à trois et à quatre parties, de la tonalité, de la modulation, de la mesure et du rythme. On y trouve une longue analyse du système de Rameau, un bon morceau sur la comparaison de la tonalité moderne avec les modes des anciens et les tons du plain-chant, un autre sur les différents systèmes de solmisalion, et un troisième sur les genres chromatique et enharmonique. Bien qu'on puisse reprocher au livre de Scheibe des longueurs et des redites, on ne peut refuser à l'auteur l'esprit méthodique et un savoir fort étendu. Compendium musices theorico-praticum, ou abrégé des règles les plus nécessaires pour la composition. Le manuscrit de cet ouvrage, qui n'a point été publié, appartient à M. Charles-Ferdinand Becker, de Leipsick ; il est composé de trente feuilles in-4°. M. Becker le considère comme un travail destiné a l'instruction des élèves de Scheibe.

Nettl 

Dans son ouvrage Mozart and Masonry, Paul Nettl écrit (pp. 34-5) :

In 1749 appeared the first collection by a German musician, Johann Adolf Scheibe (1708-1776), whose name is important in the history of Masonic music, and who also acquired fame of another sort because of his opposition to J. S. Bach. When the organist of the St. Thomas church in Leipzig, Christian Grabner, died in 1729, several musicians, among them Scheibe, applied for the position. Scheibe was unsuccessful and the post went to Gorner. Bach was cantor of the church at the time, and a member of the committee which judged the candidates. Scheibe later moved to Hamburg where he edited a periodical, Critischer Musicus, in whose sixth issue he attacked Bach violently, calling his music "as tortuous as it is futile because it is contrary to all reason." Bach replied by composing one of his most beautiful secular cantatas, The Contest between Phoebus and Pan. In this cantata he mocked Scheibe, representing him by the character of Midas, much as Wagner satirized the critic Eduard Hanslick, who had attacked him, in the figure of Beckmesser in Die Meistersinger.

It is to Brother Scheibe's great credit that he did his best to rectify his error some years later. The following passage appeared in Critischer Musicus on July 28, 1739:

"Some time ago in a famous city there lived a person whom I can describe very accurately because I have been close to him since childhood and know him as well as myself. Let us call him Alfonso. Circumstances forced him to make his living by music. As he made progress, he began to feel envious of the advantages of others. And when he heard the ability of experienced men praised, he would envy them simply because he did not possess the same skill. Later this envy, which had held him captive, changed to ambition, which spurred him on to the emulation of famous men. Thus he gradually overcame his weakness and was able to hear others praised without blushing. Finally, he became able to extol them himself and to acknowledge their right to fame."

This act was truly in the Masonic spirit. Scheibe was one of the most formidable theorists and critics of his day. One of his lasting claims to fame is his theory that polyphonic music originated in the North of Europe, an opinion that has never been discarded. Scheibe was less important as a musician, however, and Masonic music would be richer today if his adversary Bach had entered the Craft.

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