Entente Cordiale

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Perfide Albion

Toujours en adoration devant Napoléon, ses succès et ses visées militaires, le chansonnier maçonnique de l'époque ne se fait pas faute de vilipender la perfide Albion et d'annoncer son écrasement imminent.

On peut citer ici quelques exemples de telles rodomontades :

- à la Parfaite-Union de Douai, le 10 avril 1801 :

... La fière Albion,
Fermant les yeux à la lumière,
N'écoutant que l'ambition,
Veut encore prolonger la guerre.
Mais on verra que le héros,
Toujours grand, toujours invincible,
Sera pour le tyran des flots,
Un frère tout-à-fait terrible.

- à la Loge caennaise de la Constante Amitié, pour le solstice d'été 1805 :

Quel cri de mort ces léopards
Poussent dans leur affreux délire !
Tremble, Albion ! son bras vengeur [ndlr : celui de Napoléon]
Au loin déjà punit ton crime,
Et bientôt te frappent au cœur...
Londres entendra ce cri sublime.

- à l'Age d'Or le 10 février 1806 :  

Et toi , perfide Angleterre, 
Tu le [ndlr : Napoléon] verras sur les mers 
Te frapper de son tonnerre.

- à la Fidélité d'Alençon, le 5 juillet 1807 :

Tremblez, suppôts de la Tamise ; 
De Fridland les héros vainqueurs,
Dans les murs de Londres soumise,
Arriveront en Visiteurs.

 
Le seul moment où cette obsession s'est trouvée mise sous le boisseau est la (courte) période de paix séparant la
Paix d'Amiens de sa rupture par l'Angleterre.

 

la Paix d'Amiens

Comme on en trouve ici un écho, la Paix d'Amiens du 25 mars 1802 avec l'Angleterre, un an après la Paix de Lunéville, a donné au peuple français, fatigué de tant d'années de guerre, l'espoir d'une paix durable et généré un grand enthousiasme.

Une médaille en l'honneur de son artisan, Bonaparte (à l'époque Premier Consul, et dont la popularité s'en est trouvée encore renforcée), y voit même le retour d'Astrée, c'est-à-dire le début d'une ère idyllique de paix et de bonheur, un nouvel Age d'Or.

Dans les Loges, cet enthousiasme s'est notamment traduit par une ambiance d'entente cordiale avec l'ennemi héréditaire (qui n'allait pas tarder à le redevenir). Dans l'article d'Yves Hivert-Messeca, La franc-maconnerie dans le département des Alpes-Maritimes sous le consulat et l'empire, on peut par exemple lire ceci : il semblerait que durant les quelques mois qui suivent la Paix d'Amiens, des Britanniques aient été initiés ou aient été reçus comme visiteurs dans la loge niçoise Les Vrais Amis Réunis.

Ce Cantique de Réception à l'occasion de deux anglais (sic) figure aux pp. 41 du Troubadour franc-maçon et (sous le titre Pour la réception de deux anglais, à l'époque du Traité d'Amiens) aux pp. 139-41 de Mon portefeuille (c'est cette dernière édition qui est reproduite ci-dessous) de Legret. Legret étant à l'époque Orateur des Amis Philanthropes, il y a des raisons de supposer que cette cérémonie d'Initiation eut lieu à Bruxelles.

Ce cantique illustre cette bonne volonté de fraternisation maçonnique avec Albion, qualifiée ici de noble et fière, bonne volonté qui va jusqu'à faire un effort de bilinguisme (on peut supposer que brochere est une amusante caricature de la prononciation à la française de brother).

Le rêve de Saint-Pierre mentionné à l'avant-dernier couplet renvoie à une autre chanson de Legret.

En ce qui concerne les deux airs utilisés en alternance :

         


 

POUR la réception

DE DEUX ANGLAIS,

A L'ÉPOQUE DU TRAITÉ D'AMIENS.

 

Air : Du pas de charge.

Frères, les nouveaux apprentis 
Que nous venons de faire,
Nous offrent de nouveaux amis 
Arrivés d'Angleterre.
Chez les Anglais ce mot ami 
N'est point langue étrangère, 
So let them be called ami, 
Synonimous of brochere
.

 

Air : Aussitôt que la lumière.

Si le dieu de la lumière, 
Par le feu de ses rayons, 
En parcourant sa carrière, 
Eclaire les nations : 
Ainsi la maçonnerie, 
Embrassant tout l'univers, 
Porte la philantropie 
Chez tous les peuples divers.

 

Premier air.

Partout on trouve des maçons,
En Chine, en Laponie, 
Partout on goûte les leçons
De la maçonnerie ; 
Mais où trouve-t-on plus souvent,
Un philantrope, un frère ?
C'est, on peut le dire hardiment,
En France, en Angleterre.

 

Deuxième air.

Quels sont les peuples qu'enflamme
Une héroïque vertu ?
Qui joignent la grandeur d'ame,
Au dévoûment absolu?
Du faîte de l'empirée
L'histoire assemblant les faits,
Indique à la renommée,
Les Français et les Anglais.

 

Premier air.

Il est certain que si jamais 
La France et l'Angleterre 
Vouloient d'une éternelle paix 
Favoriser la terre, 
Bientôt se réaliseroit,
Le rêve de Saint-Pierre
Et tout le monde béniroit 
La France et l'Angleterre.

 

Deuxième air.

Digne émule de la France, 
Viens, noble et fière Albion, 
Que maconnique alliance 
Cimente notre union l 
Quand nous adoptons pour frères, 
Tes enfants reconnoissants, 
Qu'à l'aide de nos mystères 
Nos frères soient tes enfants.

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