Platel

Nicolas-Joseph PLATEL (1777-1835) fut un grand violoncelliste et pédagogue de son instrument. C'est aussi un personnage pittoresque, bohême et compagnon voyageur, qui vécut en Belgique une bonne partie de son existence.

Son élève Batta lui a rendu l'hommage suivant : Une fois sous la direction de Platel, il était facile de faire de rapides progrès, car jamais leçons ne furent données avec plus de soin, plus de précision, plus de méthode, etc.

Mises à part Six romances avec accompagnement de piano, il ne composa que pour son instrument (3 sonates, 5 concertos, des duos et trios à cordes). Les partitions (respectivement sans et avec accompagnement) d'un arrangement de son 1er concerto sont visibles ici (sur le site de l'Université de Rochester).

Dans son vol. 7 (pp. 71-2), Fétis retrace comme suit sa biographie :

PLATEL (Nicolas-Joseph), excellent violoncelliste, naquit à Versailles, en 1777. Son père, musicien de la chapelle du roi, se fit acteur après la révolution de 1789, et joua dans l'opéra-comique, au théâtre des Troubadours de la rue de Louvois, puis au théâtre Feydeau, où il fut chef des chœurs jusqu'en 1800. Le jeune Platel fut d'abord placé dans les pages de la musique de Louis XVI, et reçut des leçons de chant de Richer ; mais, dès l'âge de dix ans, il montra le goût le plus vif pour le violoncelle, et Louis Duport, ami de son père, charmé de sa rare intelligence musicale, dirigea ses premières éludes sur cet instrument, et lui donna les excellents principes de la pose et du maniement de l'archet, ainsi que d'une belle qualité de son, que Platel transmit plus tard à ses élèves. Vers la fin de 1789, le départ de Duport pour Berlin laissa Platel sans guide : mais en 1793, son ancien condisciple Lamare, plus âgé que lui de quelques années, et déjà artiste distingué, ranima son zèle, lui donna des conseils, et surtout excita son émulation par ses progrès et par sa renommée, qui allait grandissant chaque jour. En 1796, Platel entra à l'orchestre du théâtre Feydeau, connu alors sous le nom de Théâtre-Lyrique ; mais une actrice de ce spectacle, dont il s'était épris, ayant quitté le théâtre à la fin de 1797 pour aller à Lyon, il l'y suivit et ne revint à Paris qu'en 1801. Il brilla alors aux concerts de la rue de Cléry et du théâtre des Victoires nationales, rue Chantereine, et fut considéré à juste titre comme le plus habile violoncelliste de Paris ; car Duport était à Berlin, et Lamare, en Russie. Malgré les avantages que son talent pouvait lui procurer dans cette capitale, son humeur insouciante ne put se façonner aux convenances sociales ; il ne voulut faire aucune démarche pour obtenir les places auxquelles il pouvait prétendre, et préféra voyager pour donner des concerts. Il quitta de nouveau Paris, en 1805, et se dirigea vers la Bretagne ; mais son insouciance et le peu d'ordre qu'il mettait dans ses affaires ne le rendaient pas propre à réaliser ses projets de voyage : arrivé à Quimper, il y trouva un amateur de violoncelle qui devint bientôt son ami, et il passa deux années dans cette petite ville, qui ne devait l'arrêter que quelques jours. Enfin, il se remit en route, joua avec succès à Brest, à Nantes, puis se dirigea vers la Belgique avec l'intention de visiter la Hollande et l'Allemagne ; mais arrivé à Gand, où il donna des concerts, il y resta plusieurs années, donnant des leçons de chant et de violoncelle, puis il alla s'établir à Anvers, en 1813. L'état florissant de la marine dans ce port y avait attiré une bonne troupe d'opéra : Platel y tint l'emploi de premier violoncelle. Il y passa environ six ans, puis alla se fixer à Bruxelles, où il fut aussi premier violoncelle du théâtre. En 1824, le prince de Chimay l'attacha à l'école royale de musique de cette ville ; et lorsque celle école fut réorganisée, en 1831, sous le titre de Conservatoire de musique, Platel y conserva ses fonctions de professeur de violoncelle. Dans les onze années de son enseignement, il y fonda l'excellente école de basse d'où sont sortis Servais, Balta, Demunck, et que ce dernier continua comme successeur de son maître. Platel est mort à Bruxelles, le 25 août 1835, à l'âge de cinquante-huit ans. 

Véritable artiste d'autrefois, il était étranger à tout esprit d'intrigue, d'égoïsme et de charlatanisme. Son désintéressement allait jusqu'à la prodigalité ; son ignorance des affaires et des usages était celle d'un enfant, et jamais il ne se mit en peine du lendemain. Lorsqu'il était à Anvers, des huissiers vinrent un jour chez lui pour saisir ses meubles ; dans ce moment il jouait du violoncelle. Dès qu'il sut ce que ces hommes venaient faire, il les reçut poliment, les fit entrer dans sa chambre à coucher, et pendant qu'ils verbalisaient, il sortit emportant seulement son instrument, fermant la porte à double tour, et jamais il ne s'informa de ce qu'était devenu son mobilier. Une autre fois, il lui échut un héritage qu'il fit réaliser et qu'on lui envoya en or. Jamais il n'avait vu de somme aussi considérable : ne sachant comment la serrer, il prit un vieux bas de soie, s'en fit une bourse, et porta sa fortune sur lui. Des amis lui conseillèrent de placer cet argent; mais il leur répondit qu'il craignait les banqueroutes. Bientôt cependant, prêtant à tout venant, il vit disparaître cette ressource ; mais il ne s'en mit pas en peine, et reprit son train de vie accoutumé et son insouciance, quoiqu'il touchât à la vieillesse.

Son appartenance est établie par le fait qu'il est mentionné comme Frère et comme musicien d'un talent distingué dans une chanson datant sans doute de 1807 (publiée dans le volume 4 des Annales maçonniques de Caillot pour cette année), dont l'auteur est l'Orateur d'une Loge de Gand, ville où il séjournait précisément à cette époque :

Il a également mis en musique une autre chanson du même auteur.

Pierre-François Pinaud, déjà auteur de l'ouvrage (prix littéraire 2009 de la maçonnerie française) Les musiciens francs-maçons au temps de Louis XVI, et qui comptait consacrer une notice à Platel dans son prochain livre Les Musiciens francs-maçons au temps de Napoléon (projet malheureusement avorté suite à son décès), avait eu l'amabilité de nous communiquer certaines bonnes feuilles de cet ouvrage : nous y apprenons que Platel était membre en 1806 de L’Affiliation Lyrique et Anacréontique. Selon Christine Gaudin dans l'ouvrage Dieu(x) et hommes : histoire et iconographie des sociétés païennes et chrétiennes de l'Antiquité à nos jours coordonné par Sylvie Crogiez-Pétrequin, L’Affiliation Lyrique et Anacréontique était souchée sur la Loge Anacréon et réunissait des graveurs, peintres, statuaires et chanteurs lyriques comme Garat, Nourrit et Gavaudan. A l'entrée violon de l'Encyclopédie de la Franc-maçonnerie par divers auteurs sous la direction d'Eric Saunier (Pochothèque, 2000), la même signale qu'un frère, également violoniste, de Rodolphe Kreutzer en fut membre de 1808 à 1816.

Pinaud mentionne aussi qu'en 1803 - détail ignoré de Fétis - Platel avait déjà travaillé en Belgique, au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles (ce fait est confirmé à la p. 104 de l'histoire de la Monnaie parue en 1890, qui, aux pp. 109, 114 et 117, le donne également comme second maître de musique puis sous-chef d'orchestre pour les saisons 1804-5, 1805-6 et 1806-7), et aussi qu'en 1806 il est passé par Douai en montant vers la Belgique : ce dernier point donne à penser que Fétis a largement surestimé la durée de son séjour à Quimper et explique mieux, par rapport à la chronologie de Fétis, qu'il ait pu se trouver à Gand dès 1807.

Le Tableau de la Loge de la Félicité Bienfaisante à l'Orient de Gand pour 1807 confirme d'ailleurs bien son appartenance à la Colonne d'Harmonie de cette Loge à ce moment :

Pinaud signale également que son père Charles Eustache (?-1826), mentionné par Fétis, fut chanteur au Concert Spirituel de 1770 à 1777 et a été membre de 1782 à 1788 de la Loge versaillaise Le Patriotisme, ainsi que, comme son fils, de L’Affiliation Lyrique et Anacréontique.

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