VéNUS MAÇONNE

Vénus maçonne est un long poème scénique du Frère Jean-Louis Brad, publié en 1807 et dédié à sa Loge grenobloise des Coeurs Constan[t]s.

Il raconte l'initiation de Vénus, avec tous les détails de la cérémonie telle sans doute qu'elle se présentait à l'époque : chambre des réflexions - préparation - interrogations - trois questions écrites - voyages - immersion dans l'eau - coupe d'amertume - saignée - cachet de l'ordre - aumône - accusations - dernière épreuve, les enfers (avec choeur d'ombres) - serment - réception - 1ère lumière - 2e lumière - mot, signe et attouchement - baiser fraternel. 

Son texte (sans la dédicace) a été repris aux pp. 172-217 du Tome VII des Annales maçonniques de Caillot. Il faut noter que deux vers ont été coupés (censurés ?) dans cette réédition, ceux qui clôturent la phase de préparation :

Et sous le noeud qui lève sa ceinture,
Se montre à nu sa cuisse faite au tour. 

Le texte sera encore reproduit en 1835 aux colonnes 79-94 du n° 1 de L'Univers maçonnique.

Le texte original ne comporte aucune mention d'air. Mais certains de ses éléments ont été réutilisés sous forme de chansons :

Taxil a également repris ce texte dans son pamphlet Les Soeurs maçonnes, au chapitre Les amusements mystérieux (pp. 179-259), en le donnant comme une preuve de la perversité des activités en Loge d'Adoption.

Avec sa malhonnêteté habituelle, il n'hésite d'ailleurs pas, pour justifier cette accusation, à présenter l'oeuvre, non pas comme un poème, mais bien comme une saynète effectivement interprétée en Loge. Pour cela, il ajoute, au début, deux vers qu'il attribue au Vénérable :

Frères et Soeurs, nous ouvrons la séance...
Mais quoi ! l'on frappe au Temple des Maçons !

et il précise, dans un commentaire de son cru sans doute inspiré par la préparation :

Une Soeur, habillée en Vénus, c'est-à-dire très déshabillée, se présente à la Loge, les yeux bandés, au moment où le Vénérable vient d'ouvrir la séance.

Taxil ajoute aussi (pp. 201-7), à la fin de son édition, un long discours de l'Orateur qui ne figure pas dans le texte original mais que celui-ci annonçait par une note de bas de page mentionnant le discours de l'orateur manque : comme il est assez long, il formera un morceau de poésie à part. Ce discours figure effectivement au T. 8 (pp. 114-122) des Annales maçonniques où il est intitulé Discours de l'Orateur dans le poème de Vénus maçonne par le Frère Brad.

Brad 

Jean-Louis Brad est connu par la BNF comme médecin militaire et poète, né peut-être en 1776 et auteur de nombreux textes poétiques.

Il s'est taillé un beau succès dans les loges de l'Empire en exploitant sous diverses formes le thème de l'initiation de personnages mythologiques, notamment dans les poèmes Vénus maçonne (ci-dessus), les Grâces Maçonnes, l'Amour Maçon, les Maçons de Cythère, dont des extraits ont été publiés dans divers chansonniers.

On connaît aussi de lui quelques chansons séparées, qu'on trouve ici, ici ou ici.

Il est présenté initialement comme membre de la Loge grenobloise des Coeurs Constan[t]s :

Il est ensuite Orateur adjoint et Orateur de la Loge d'Alexandrie (Italie) les Amis de Napoléon le Grand. C'est dans cette dernière ville qu'il a publié son poème en quatre chants intitulé l'Italie et que, comme on le voit ici (p. 67), il a prononcé, le 19 novembre 1809, un long discours en l'honneur d'il più grande di tutti gli eroi avant de réciter un très long extrait de son poème élégiaque intitulé La Paix et dédié à la Loge.

C'est dans cette Loge aussi qu'il a organisé, le 24 juin 1811, une cérémonie maçonnique pour saluer la naissance du Roi de Rome, après laquelle il a récité son poème Essai sur le nombre trois.

Après la chute de l'Empire, c'est à nouveau à Grenoble, où il s'était sans doute réinstallé, que dès 1815 il recommença à publier, mais cette fois, comme ici, en admirateur de la royauté et non plus de Napoléon, et en célébrant sa reconversion religieuse (il ne commet d'ailleurs plus alors d'oeuvres maçonniques).

Les Acta Latomorum le définissent comme suit :

Brad (Jean-Louis), ancien chirurgien-major à Alexandrie, Orateur de la Loge Ecossaise de cette ville, auteur de plusieurs ouvrages poétiques, notamment des Grâces Maçonnes, de l'Amour Maçon, des Maçons de Cythère, de Vénus Maçonne, et de beaucoup de pièces fugitives très-estimées.

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