Vervier

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La Loge gantoise des Vrais Amis, fondée en 1807 (notamment par Hanssens, qui composa 2 cantiques à cette occasion) et tombée en sommeil en 1853 (elle a été réveillée en 1960 et fait partie du Grand Orient de Belgique ; elle est jumelée depuis 1968 avec la Loge tourangelle les Démophiles), fut après l'indépendance de la Belgique (en 1830), avec le Septentrion, un des bastions de l'orangisme.

Nous ne disposons pas de beaucoup d'informations sur cette Loge. Nous lisons cependant chez Wargny (Tome I, p. 360) ceci (qui est reproduit ici chez Eckert et Gyr) :

Les vrais Amis, à Gand, constituée par le Grand Orient de France, le 7 septembre 1807, au seul rite ancien réformé, vit ériger dans son sein un chapitre du même rite, le 4 septembre 1809. Il parait que, peu après, elle accepta le rite écossais dit ancien accepté, vu que dès 1813, le Grand Orient de France la reconnaissait sous ces deux rites, et qu'elle relevait sous ce dernier rapport du chef-d'Ordre écossais ancien et accepté, établi près la Respectable Loge des Amis philantropes à Bruxelles. Plus tard, elle prétendit aussi être constituée Mère-Loge provinciale au rite écossais philosophique, et posséder le souverain chapitre provincial de ce rite ; mais cette prétention ne manqua pas de contradicteurs.

On trouve aussi sur cette page quelques détails (en néerlandais).

On peut également lire ici (p. 374 du livre, numérotée 61/178) que le 2 août 1826 elle organisa une grande fête pour son membre d'honneur, le prince de Saxe-Weimar, au cours de laquelle furent chantés des cantiques sur des textes français de Norbert Cornelissen et des textes néerlandais de Vervier.

Elle faisait partie des 4 Loges gantoises organisatrices de la Fête solennelle pour le Sérénissime Grand Maître National le Prince Frédéric, au cours de laquelle son Orateur, le Frère Kreps, rappela son historique.

On peut lire en 1845 dans la revue l'Orient (p. 181) :

La loge les vrais Amis, de Gand, vient de publier, en une brochure de seize pages, le précis de ses travaux depuis le 12 décembre 1813 jusqu'au 14 décembre de l'année suivante. On s'étonne du nombre et de la variété des objets historiques, scientifiques, artistiques, qui en ont fait la matière dans un si court espace de temps, et qui ont encore permis à beaucoup de membres de l'atelier d'assister comme députés aux séances solennelles de la plupart des loges de la Belgique, de la Hollande et du nord de la France. Nous le disons à la louange des Vrais-Amis : nous ne connaissons pas une seule loge où tant de lumières se trouvent réunies, où la maçonnerie soit cultivée avec autant de zèle et soit autant prise au sérieux. Elle possède une riche bibliothèque, des archives très-précieuses et un musée archéologique dans lequel les antiquités de la maçonnerie tiennent une place importante. Le frère C.-A. Vervier est le vénérable de cette loge.

On lit d'ailleurs à la même page que, le 29 décembre 1844, une délégation de cette Loge, en compagnie d'une délégation liégeoise non autrement définie (il faut souligner qu'à ce moment ni les Vrais Amis ni les loges liégeoises ne faisaient encore partie du Grand Orient de Belgique) avait été reçue à la loge lilloise de la Fidélité qui voulait témoigner sa sympathie devant les persécutions entreprises par le clergé belge contre les maçons.

Cette chanson est dédiée à Vervier.

Vervier 

Charles (Karel August) Vervier (1789-1872), poète, directeur de l'Académie des Beaux-Arts de Gand, conseiller provincial, orangiste convaincu et grand promoteur de la culture flamande, fut longtemps le Vénérable des Vrais Amis (il fut également Vénérable d'honneur du Septentrion). 

En 1842, la Loge douaisienne de la Parfaite Union avait proposé pour son concours littéraire le sujet Quels seraient les moyens à employer pour rendre à la Maçonnerie son ancien éclat ? C'est Vervier qui remporta le premier prix et la grande médaille de vermeil, pour un texte qui connut dès lors les honneurs de l'impression (source : Allender & Rousseau, Les francs-maçons dans la Loge et la Cité Orient de Douai 1743-1946, p. 128). Cette brochure a été rendue consultable par la Bibliothèque Royale de Belgique.

Une traduction française de poèmes de Vervier a été publiée par Raoul.

On lira ci-dessous des extraits de l'avis donné par Paul Delsemme dans son ouvrage Les écrivains francs-maçons de Belgique :

Ancien étudiant de l'Université de Paris, le Flamand KAREL AUGUST VERVIER (1789-1872), qui avait publié en 1820 Gedichten, son premier recueil de vers, occupait le poste de receveur des contributions du district d'Eecloo (aujourd'hui Eeklo) lorsque la révolution de 1830 brisa son coeur orangiste. Bien que l'État belge ne fît jamais obstacle à sa carrière (il devint directeur de l'Académie des beaux-arts de Gand et il siégea au Conseil provincial jusqu'en 1860), il ne se consola jamais d'être séparé des Bataves. En 1861 encore, son fameux poème Verbroedering. De Zuidnederlanders aan hune broeders in Noord-Nederland retentissait de son désespoir.

On pouvait être, sans incompatibilité, tout à la fois orangiste, flamingant, libéral et Franc-Maçon. Vervier fut tout cela. Vénérable Maître, pendant de longues années, de la loge " Les Vrais Amis " à l'Orient de Gand, il témoigna, là aussi, d'un orangisme sans concession : il mit toute son énergie à maintenir sa loge sous l'obédience du Grand Orient des Pays-Bas. La loge " Le Septentrion " lui conféra le titre de Vénérable Maître d'honneur.

L'aube à l'Orient

VERVIER

Quelques rimes

chantées dans la Loge LES VRAIS AMIS
à l'Orient de Gand

Il ne l'auront pas, la Franc-maçonnerie, 
Qui tant de lumière a créée,
C'est nous qui l'acquérons !
Celui qui dans la nuit veut s'abriter
Et que le chant du coq fait trembler 
Et que le chant du coq fait trembler, 
Qu'il vole à sa guise avec les hiboux 
Et frissonne avec le corbeau et le geai.

Ils ne l'éteindront pas, 
Le Soleil caressant, 
Qui nous dirige vers le haut, 
Source de lumière et de vie. 
Celui qui refuse de voir, 
Et rougit devant la raison, (bis) 
Qu'il feigne avec les fripons, 
Et crie « je maudis l'Orient ».

Ils ne la souilleront pas, 
Cette couronne d'honneur sacrée, 
Qui peut susciter notre fierté 
Et l'esprit récompenser. 
Nous qui louons son cœur, 
Pur autant que sa lyre, (bis)
Nous le couronnons de fleurs
Et nous crions: Vive Vervier!

     

On remarquera une curieuse symétrie de métrique et d'incipit (Zij zullen hem niet temmen pour Zij zullen hem niet hebben) entre cette chanson de 1842 et une chanson profane nationaliste de 1847, De Vlaamse Leeuw (le lion flamand), qui est devenue l'hymne de la Flandre. Nous n'avons cependant aucune indication sur une éventuelle appartenance maçonnique des auteurs de cette chanson, Hippoliet Van Peen (1811-1864) pour le texte et son neveu par alliance Karel Miry (1823-1889) pour la musique.

Notre principale source pour cette page est l'ouvrage la Sagesse dans l'Allégresse - Deux siècles de Franc-maçonnerie à Gand et à Anvers édité en 2003 par Marot-Tijdsbeeld à l'occasion de l'exposition de Gand.

 

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