Les Cantiques Maçonniques

de Jouenne

 

Les premiers Cantiques maçonniques de François-Théodore Jouenne (1785-1844), membre de la Loge de Themis à Caen, parurent en 1819 et furent édités en 1821 puis réimprimés en 1827, 1842 et 1859 (malgré cette large diffusion, nous ne les avons pas trouvés recopiés dans d'autres chansonniers, sauf les cantiques V, X et XII dans le chansonnier du Mans en 1865).

C'est de cette édition de 1859 qu'on peut trouver une reproduction partielle dans l'intéressant Musée virtuel qui faisait partie du site constitué en son temps par deux Loges caennaises du Grand Orient de France, Themis et Union et Fraternité.

Jouenne 

Selon Eric Saunier dans son article Le banquet maçonnique : de la fonction festive à l'apprentissage des valeurs (1750-1848) (paru dans le vol. 4 - 1999 - des ANNALES DE NORMANDIE, qui reproduit les Actes du XXXIIIe congrès des sociétés historiques et archéologiques de Normandie, tenu à Argentan du 2 au 5 octobre 1997 sous le titre MANGER ET BOIRE EN NORMANDIE) :

Jouenne est un poète déiste, né à Caen en 1785. Voyageur polyglotte, il est initié au sein de "Thémis" en 1819.

Dans le même article, Eric Saunier fait de ses cantiques une analyse particulièrement intéressante :

... ce sont les cantiques du célèbre Théodore Jouenne , écrits pour la loge caennaise, qui permettent d'illustrer au mieux, et de manière très spectaculaire, les glissements idéologiques profonds liés au passage de la Révolution française. Si deux des treize cantiques font, comme au XVIIIe siècle, une simple référence à l'amour de la fraternité et de la sociabilité maçonnique, on voit se dégager dans tous les autres textes l'affirmation d'une sensibilité nouvelle, à trois niveaux. Le premier se situe dans le domaine du religieux. Déiste, Jouenne émancipe ainsi totalement la spiritualité maçonnique des références chrétiennes. Le premier cantique commence par un appel à la mise à l'index des jésuites même s'il a soin de rappeler, sans plus de précision, la nécessité de la crainte de Dieu. Le second changement touche au politique. Les valeurs maçonniques se rapprochent de plus en plus de celles consacrées par la Révolution. Pour cet auteur, ce sont l'Humanité, la Raison et l'Honneur qui sont les valeurs cardinales auxquelles doit adhérer l'adepte de la franc-maçonnerie. Dans les cantiques suivants s'affirment en outre deux autres thèmes montrant l'influence de la culture révolutionnaire. Deux cantiques soulignent explicitement l'adhésion à l'idéologie des droits de l'homme puisque l'un vise à imposer l'Egalité, la Raison et la Liberté comme valeurs théosophiques alors que l'autre affirme nettement le refus de l'esclavage. Enfin, s'il émerge comme au XVIIIème siècle, dans tous les cantiques, la bienfaisance comme valeur fondamentale, la philanthropique maçonnique auquel Jouenne se réfère, valorise la dimension utilitaire de cette conception et sa liaison avec l'amour de la patrie. Avec ses cantiques, qu'accompagnent les musiques des frères Le Rosay et Longuet , la fonction du chant reste donc la même, une pédagogie de l'apprentissage des valeurs, mais celles-ci passent au service de convictions idéologiques plus affirmées et mieux définies.

D'après une ancienne version (qui sauf erreur n'est plus disponible) du site des Loges caennaises :

François Théodore JOUENNE est né à Caen le 6 novembre 1785. A l'âge de 6 ans il est paralysé des suites d'une longue maladie. Il poursuit de bonnes études dans un pensionnat près de Vire puis à Caen.

A l'âge de 16 ans il décide de devenir interprète, il part pour Cherbourg pour se rendre à Malaga où il reste une année, il part ensuit pour Stockholm, il y passe six années et se familiarise avec les langues du nord de l'Europe : l'Anglais, L'Allemand, le Russe et le Suédois.

A la mort de son père il rentre en France en 1812 où il vit de ses rentes et propriétés.

Initié à Thémis en 1812, il écrit ses premiers cantiques maçonniques en 1819 qui jouiront d'une grande renommée dans la France entière. ...

Sa mère ayant eu des revers de fortune, il sacrifie ses biens pour sauver l'honneur de sa famille, il prend sa retraite à Etaveaux, petite commune proche de Caen, où il vit très modestement ...

Il reste pendant tout ce temps assidu à son atelier de Caen ; il s'éteint le 10 août 1844 quelques jours après avoir participé à une tenue solennelle de Thémis.

Le Frère Bouet écrit en 1872 dans une plaquette commémorative du centenaire de la Loge :

... parmi ces Maçons décédés il en était un, enfant de Thémis poète distingué, dont nous répétons dans nos fêtes solsticiales, les strophes si pleines de coeur et de fraternité ; je veux parler du Frère JOUENNE, pour celui là mes Frères il parut à l'Attelier que les regrets primés dans son temple ne suffisaient pas et un monument funèbre construit aux frais de la Loge fut élevé à sa mémoire à Etavaux lieu de sa sépulture. Un grand nombre de Maçons de la Vallée vinrent se joindre à l'Atelier pour en faire l'inauguration qui eut lieu en 1847 (29 juin) : des discours retraçant les qualités maçonniques de ce Frère regretté furent prononcés sur sa tombe, sur laquelle fut apposée une plaque de bronze avec cette simple inscription :

A F. T. JOUENNE, mort le 10 Août 1844
Ses Frères de Thémis.

Et sur l'autre face des vers adressés par lui au Grand Architecte de l'Univers, que l'on avait choisis dans ses oeuvres poétiques et ainsi conçus :

De l'Univers, créateur incréé
Daigne en ce jour recevoir notre hommage
Tu remplis tout de ton immensité
Mais ton vrai temple est dans le cœur du sage.

Nous donnons ci-dessous la liste de ces 13 cantiques. Les liens de la première colonne renvoient au site mentionné ci-dessus, ceux de la deuxième à une page du présent site.

Incipit Air

I

Buvons, chantons, en ce jour d'allégresse Musique de Plantade
II Ah! combien mon âme est ravie ! Elle aime à rire, elle aime à boire
III Fille des Cieux, toi qui tiens la balance du Vaudeville M. Guillaume
IV D'une soeur à jamais chère Ah ! Crois-moi, plante du raisin.
V Coeurs généreux et charitables Déguisez vous
VI Un feu divin a pénétré mes sens Musique du Frère Constantin Longuet (1)
VII Frères, je voulais ce jour Prenons d'abord l'air bien méchant
VIII Quel beau moment, quelle heureuse journée A soixante ans il ne faut pas remettre 
IX Maçons que cette auguste enceinte Musique du Frère Constantin Longuet (1)
X Chers amis, rions, chantons C'est l'amour, l'amour, l'amour
XI Des vertus de la raison Le coeur à la danse, un rigodon zigzag
XII Qu'ai-je entendu ! quels transports unanimes du Dieu des hommes polis (?)
XIII Ordonnateur des sphères (pour l'Initiation)

Musique du F. René Longuet (1)

(1) concernant René et Constantin Longuet, voir ici.

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