Cantique de Legret 

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Ce Cantique chanté au banquet le jour de l'inauguration de la Loge des Amis Philanthropes a été publié par le Frère Legret dans ses recueils Le Troubadour franc-maçon (pp. 5-7) et Mon portefeuille (pp. 150-2).

Il regroupe (à l'exception de celui pour la 6e, trop spécifique) les divers couplets chantés par lui pour accompagner diverses santés lors de l'inauguration de la Loge bruxelloise des Amis Philanthropes, le 1er décembre 1798, avec de légères modifications (par exemple, quelque soit votre secte devient ne formez plus de secte).

Il faut noter que 4 de ces couplets avaient été reproduits (pp. 135-6) dans le compte-rendu qu'Abraham, dans le volume 1 du Miroir de la Vérité, donne de cette festivité (pp. 122-136).


  
 

Cantique

 

Chanté au Banquet le jour de l'inauguration de la Loge des Amis Philantropes.

 

Air : O ! Mahomet, etc.

 

Chrétiens, payens, ne formez plus de secte, 
Ne cherchez plus un culte dominant, 
Il n'en est point, et le grand Architecte 
N'attend de vous qu'un même sentiment : 
Pour l'exprimer il n'est qu'un dialecte, 
Pour l'éprouver il faut un cœur aimant.

 

Le fondateur de la Maçonnerie, 
Ëtoit l'apôtre de l'humanité, 
Et nous devons à sa philantropie, 
Les doux liens de la fraternité : 
Au fondateur de la Maçonnerie, 
Frères, payons un tribut mérité.

 

De ses vertus, transmises d'âge en âge, 
Je vois ici l'assemblage complet ; 
Le Vénérable en est pour nous l'image,
Et notre accord en est l'heureux effet :
Au Vénérable ici rendons hommage, 
Par les emblêmes du nombre parfait.

 

Vers l'Occident j'aperçois deux lumières, 
Et leur éclat frappe mes faibles yeux ; 
Vers l'Orient je vois des dignitaires, 
Brillant chacun d'un lustre vertueux. 
Salut, salut, ô ! respectables frères ! 
Triple vivat est l'écho de nos vœux.

 

Des Visiteurs la présence chérie, 
Sans nos travaux a porté la clarté ; 
Dans cette fête, par eux embellie, 
En leur faveur portons une santé, 
Et qu'aux canons de la Maçonnerie 
Se joigne force, et sagesse, et beauté.

 

En vrais Maçons, soyons vrais philantropes, 
Dans notre cœur portons tous les humains ; 
Aimons-les tous, même les misantropes; 
En les plaignant tendons vers eux les mains : 
O ! mes amis, ô ! frères philantropes ! 
Par trois fois trois, bénissons nos destins.

 

En écartant de notre sanctuaire, 
L'oeil curieux d'un sexe intéressant, 
N'écartons point le désir de lui plaire, 
Et de lui rendre un hommage constant ; 
En bons Maçons, gardons le caractère 
De tendre époux et de sensible amant.

 

Dans ce banquet où règne l'allégresse, 
Buvons cent fois à ce sexe charmant ; 
De ses vertus, ses grâces, sa tendresse, 
Reconnoissons l'empire séduisant. 
A la beauté le Maçon s'intéresse, 
Et le respect s'unit au sentiment.

 

Des Francs-Maçons répandus sur la terre, 
Pour célébrer dignement la santé, 
Formons la chaîne, et que le nom de frère 
Par les échos sans cesse répété, 
Jusques au bout de ce double hémisphère, 
Porte l'élan de la fraternité. 

Voir la partition.

Un Cantique sur la Tolérance 

On retrouve les trois premiers couplets - dans leur formulation initiale de 1798 - aux pp. 40-1 du chansonnier de la Paix immortelle, sous le titre Couplets chantés par le Frère Bertin.

Ce texte est sans doute un des premiers (voir aussi ici une chanson antérieure) à exprimer aussi clairement l'idéal maçonnique de tolérance religieuse. Il faut se rappeler que, en 1808, la réception d'Askeri Khan constituera à Paris un événement marquant.

Franc-maçonnerie et tolérance religieuse

Tout en considérant qu'un athée stupide ne serait jamais capable de comprendre l'Art (c'est-à-dire la Franc-maçonnerie), les Constitutions d'Anderson, dans leur version initiale de 1723, faisaient preuve d'une tolérance religieuse particulièrement remarquable pour l'époque, en n'exigeant des maçons que cette seule Religion sur laquelle tous les hommes sont d'accord ... qui consiste à être des hommes bons et loyaux ou hommes d'honneur et de probité.

Cela, aux yeux des fondateurs, permettait à la maçonnerie de devenir le Centre d'Union et le moyen de nouer une véritable amitié entre des personnes qui sans cela seraient restées perpétuellement étrangères.

La mise en application de ce principe de tolérance sera très variable, selon les pays et les Loges. On sait par exemple qu'en Allemagne l'accès des Loges restera en général interdit aux Juifs jusqu'àprès la 2e guerre mondiale. Aux Pays-Bas par contre, on lit dès 1744 (dans l'Ode allégorique la Maçonnerie ou le Temple du vrai bonheur, figurant aux pp. 43-9 de la Muse Maçonne de Chapelle) que l'on admet parmi les Francs Maçons toutes sortes de Religions.

La maçonnerie anglaise pour sa part (comme toutes celles qui lui sont inféodées) a depuis lors progressivement restreint cette tolérance initiale et récusé la liberté de conscience qu'elle impliquait, en exigeant la croyance en un Etre Suprême personnel et créateur, et en ne prenant plus en considération que les religions monothéistes ayant un livre sacré. En sens inverse, les Franc-maçonneries dites adogmatiques ou (au sens philosophique) libérales ont, depuis la deuxième moitié du XIXe, érigé en principe la liberté absolue de conscience et se sont ouvertes à toutes les options philosophiques humanistes, comprenant celles athées et agnostiques qui y sont souvent devenues très majoritaires.

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Quelle qu'en soit l'interprétation, le texte de référence ne pouvait être considéré comme excluant en principe les juifs et les musulmans. Même si, au XVIIIe siècle (et même encore au XIXe dans certains pays), il n'a pas toujours été interprété dans ce sens (la question a fait l'objet de vives controverses), il n'est donc pas étonnant que des Loges aient accueilli, non seulement des chrétiens (tant protestants, de diverses tendances, que catholiques; cette fraternisation entre catholiques et protestants est sans doute la principale cause de l'inquiétude et des condamnations de la papauté), mais aussi des tenants des autres religions monothéistes.

La présente chanson illustre bien cet universalisme, ici mâtiné d'une bonne dose de ce relativisme doctrinal (Chrétiens, païens, quelle que soit votre secte, ne cherchez plus un culte dominant : il n'en est point), également exprimé par des couplets de 1821, qui scandalise tellement l'Eglise catholique, laquelle le condamnera à diverses reprises et notamment en 1865

Le Frère Bertin, de l'Académie Impériale, fait l'objet d'une page de la partie compositeurs maçons de ce site.

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