Profession de foi maçonnique

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Nous connaissons deux éditions (par ailleurs pratiquement identiques) de cette chanson intitulée Profession de foi maçonnique et qui est une des deux (voir l'autre ici) chansons maçonniques que nous connaissons qui utilisent l'air du fleuve de la vie tout en pastichant sa structure (et en reprenant le dernier vers de chaque couplet).

La première figure aux pp. 337-8 du Tome premier (1818) de Hermès, ou Archives maçonniques. L'auteur en est désigné comme le Frère Gautier-d'Agoty, ex-Vénérable de la Loge de la Parfaite-Union, Orient de Douai (selon Allender & Rousseau dans Les francs-maçons dans la Loge et la Cité Orient de Douai 1743-1946, c'est effectivement lui qui avait assumé en 1816 la relance des activités de la Loge après quelques pénibles péripéties liées à la fin de l'Empire, et auxquelles le cantique fait peut-être allusion).

La deuxième (celle reproduite ci-dessous) figure en 1835 dans le n° 1 de L'Univers maçonnique (aux colonnes 67-8) ; elle ne porte plus de mention d'auteur.

Aveugles et couleurs

Vous voyez donc, madame, qu’on pourrait donner des lois pour imaginer facilement à la fois plusieurs objets diversement colorés ; mais que ces lois ne seraient certainement pas à l’usage d’un aveugle-né. L’aveugle-né, ne pouvant colorer, ni par conséquent figurer comme nous l’entendons, n’a mémoire que de sensations prises par le toucher.

(Diderot, Lettre sur les aveugles)

On parle de Maçonnerie comme un aveugle de couleur sont les premiers mots de cette chanson.

Parler d'une chose comme un aveugle de couleurs est une expression répandue à l'époque ; comme l'écrit en 1800 le Dictionnaire de l'Académie :

On dit proverbialement d'un homme qui se mêle de juger d'une chose qu'il ne sait point, dont il n'a aucune connaissance, qu'il en juge, qu'il en parle comme les aveugles de couleurs.

Les 3 exemples ci-dessous montrent que l'expression a été particulièrement appliquée à la maçonnerie :

  • on trouvait déjà dans la pièce Arlequin franc-maçon (acte II, scène III) la réplique de Cassandre :

car entre nous nous raisonnons de la maçonnerie comme les aveugles des couleurs. 

Voilà, Monsieur, ce que c’est que la Maçonnerie, et s’il est des Gens qui nous méprisent, il en est comme des Aveugles qui jugent des couleurs sans les connaître.

  • Delorme chantait dans les années 1800 :

L'aveugle peut-il des couleurs
Juger la plus jolie ?
Tels nous voyons nos détracteurs,
Qui, sans goût, sans génie,
Prennent pour des abus
Les vertus
De la Maçonnerie.

        

 PROFESSION DE FOI

 

maçonnique.

 

Air : Le fleuve de la vie, etc.

 

On parle de Maçonnerie
Comme un aveugle de couleur :
Des sots elle excite l'envie,
Des bonnes femmes les clameurs.
Bon Dieu ! calmez votre furie ;
Le Maçon est, oui, croyez-m'en,
Un sage qui descend gaîment 
Le fleuve de la vie.

Calme au milieu de la tempête,
Il espère un jour plus serein,
Sachant bien conserver sa tête
Dans le péril et dans le vin ;
Toujours fidèle à sa patrie,
A ses amours toujours constant,
Le Franc-Maçon descend gaîment
Le fleuve de la vie.

Riant du sot, plaignant la dupe,
Tendant la main à l'opprimé,
Du bienfait le Maçon s'occupe,
C'est son plaisir accoutumé :
Et qu'un ingrat le calomnie,
Pour prix d'un pareil sentiment,
Il n'en descend pas moins gaîment 
Le fleuve de la vie. 

Des monceaux d'or, de grandes places
N'irritent point ses vains désirs ;
Avec Minerve, avec les Grâces,
Il partage ses doux loisirs :
Tandis que l'intrigant supplie
Aux pieds du pouvoir insolent,
Le Maçon descend dignement
Le fleuve de la vie.

L'esprit joyeux, l'ame ravie,
Dans nos temples, dans nos banquets,
Célébrons la Maçonnerie ,
Par nos vivat, par nos couplets;
Serrons la chaîne qui nous lie,
Et pour refrain chantons gaîment :
C'est ainsi qu'un Maçon descend 
Le fleuve de la vie.

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