Hommages à Cardon

 

Aux pp. 240-252 du Tome IV de ses Annales chronologiques, littéraires et historiques de la maçonnerie des Pays-Bas à dater du 1er janvier 1814 (qui sont accessibles via la digithèque des bibliothèques de l’Université Libre de Bruxelles), Auguste de Wargny donne le compte-rendu d'une Fête de famille célébrée avec pompe le 23 mars 1820 dans la Loge bruxelloise de l'Espérance.

Wargny était à ce moment l'Orateur de cette Loge, et il prononça à ce titre le discours (qu'il reproduit) détaillant les divers événements que cette fête avait pour objet de célébrer :

Le graveur Cardon 

Antoine Cardon (1739-1822), dit Cardon père, fit une longue et brillante carrière de peintre et de graveur.

On lui doit, parmi les images de ce site, un portrait de Vitzthumb, une gravure pour les Amis Philanthropes et une autre pour les Vrais Amis de l'Union.

Du discours de Wargny, nous extrayons le passage suivant :


Fondateur et premier Vénérable de l'Espérance comme Wargny l'indique, il était aussi membre de nombreuses Loges, et notamment des Vrais Amis de l'Union : Wikipedia mentionne qu'il figure à ses tableaux dès 1783, et dit même qu'il en fut un des premiers initiés - ce qui est inexact puisque c'est en 1760 qu'il est devenu maçon (à Versailles). 

On lit cependant à la Planche tracée de l'inauguration de la Loge des Amis Philanthropes en 1798 (p. 55) qu'il était à ce moment Rose-Croix et membre de L'Union de Bruxelles (qui n'est pas identique aux Vrais Amis de l'Union).

Dans son Tome V, Wargny signalera son décès (en faisant une erreur sur son âge) :

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On trouve une biographie de Cardon (pp. 259-262) dans les Archives historiques et littéraires du nord de la France et du midi de la Belgique.

Wargny reproduit également deux chansons entendues au Banquet :

Un futur Souverain Grand Commandeur en prison

Il nous semble intéressant de mentionner ici - même s'il n'a rien à voir avec l'objet de ce site - un fait historique significatif relevé par Wargny à propos de cette fête : le Trésorier de la Loge, le Frère Stevens en était absent, pour la surprenante raison qu'il était ... en prison.

Nous en avons trouvé la raison dans l'ouvrage (1881) d'Henri Schuermans, Code de la presse : ou commentaire du décret du 20 juillet 1831 et des lois complétives de ce décret, qui, à la p. 50, commente l'affaire en indiquant que, en matière de liberté de la presse, le roi Guillaume avait préféré à cette époque suivre la tendance réactionnaire qui prévalait en France à la suite de l'assassinat du duc de Berry (conséquence, disait-on, des idées libérales)

Cette raison était la suivante : un nommé Vanderstraeten, auteur d'un ouvrage traitant de l'état du royaume des Pays-Bas et des moyens de l'améliorer, avait annoncé la publication d'un second volume, traitant de la liberté de la presse et de son étendue constitutionnelle. Ce fait déplut au gouvernement, qui l'emprisonna et le mit au secret. Sept avocats (Barthélémy, Stevens, Tarte, Doncker, Beyens aîné, Beyens jeune et Defrenne) rédigèrent, le 31 décembre 1819, une consultation pour Vanderstraeten, où ils estimaient que l'habitude de sévir contre les hommes qui déplaisent aux puissants, de les emprisonner s'ils sont indigents, de les exiler quand ils sont étrangers, anéantirait toutes les sûretés dans le royaume.

Tous les sept furent, pendant sept mois, suspendus de l'exercice de la profession d'avocat par le ministre de la justice, et même pendant un temps écroués, ainsi que le fils du prévenu, dans la maison d'arrêt, d'où une décision de non-lieu les flt sortir, mais en laissant subsister la suspension.

Wargny signale qu'une nombreuse Députation fut nommée pour lui porter des paroles d'encouragement et de consolation et que peu de jours après cette même Députation eut le bonheur de ramener en Loge le Frère Stevens honorablement rendu à la liberté.

Voilà qui indique bien d'une part que dans les Loges l'opinion penchait du côté libéral - ce qui allait progressivement l'amener à se détacher de Guillaume au fur et à mesure que grandissait l'autoritarisme de celui-ci - et d'autre part que des maçons n'hésitaient pas, au nom de la justice, à se dresser contre le pouvoir, même dans une Loge présidée par le prince héritier (est-ce cela qui explique l'absence de celui-ci ?).

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