Cantique pour un Banquet de la Saint-Jean

 

Ce Cantique pour un Banquet de la Saint-Jean figure à la p. 38 du recueil d'Orcel de 1867.

L'auteur est désigné comme le Frère C.-V. Monin. Il n'est pas impossible à notre avis qu'il s'agisse du géographe et éditeur normand Charles V. Monin (18??-1880), qui est notamment l'auteur en 1844 d'un Dictionnaire historique moral et religieux, et Description géographique, biographique, statistique et postale complète de toutes les villes, bourgs, communes et hameaux du Département de la Seine inférieure

Aucun air n'est mentionné : peut-être une partition originale avait-elle été écrite ?

CANTIQUE

Pour un Banquet de la Saint-Jean

   

 Francs Compagnons de la Maçonnerie,
Notre loi sainte unit le genre humain :
Le monde entier, voilà notre patrie,
Partout au frère un frère tend la main.

 

A ses devoirs, en tout, partout fidèle,
Ami de l'ordre et de l'humanité ;
Le franc-maçon doit être un vrai modèle
De fermeté, d'honneur et de bonté.

 

C'est aujourd'hui la féte de famille
A tout maçon le banquet est ouvert,
L'amitié, l'âme et la joie y pétille,
La bienfaisance y trouve son couvert.

 

Grand architecte, ô source de lumières,
Dans l'univers fais triompher nos lois :
Du genre humain fais un peuple de frères ;
A nos banquets fais asseoir tous les rois.

 

Dans les banquets faut-il vider son verre,
Au feu jamais il ne s'est compromis ;
Dans les combats faut-il sauver un frère,
Le franc-maçon ne voit plus d'ennemis.

                                  C.-V. Monin

Mais cette chanson figurait déjà (colonne 493) au n° 3 du périodique L'Univers maçonnique, sous le titre Cantique pour un bouquet (sic !) de la Saint-Jean par le Frère C.-V. Monin et avec la mention air à faire. Les 5 couplets sont ici dans un ordre différent et suivis d'un 6e qui n'est que la reprise du premier. On trouve une autre chanson du Frère Monin, la Fraternité, à la page suivante (colonne 495).
 

Mais le cantique est encore plus ancien que ces deux éditions, qui sont d'ailleurs incomplètes : il figure en effet déjà au Procès-verbal de la Fête d'Ordre du 24 janvier 1828 de la Loge parisienne de la Bonne-Union. Nous ne disposons malheureusement que d'une copie très partielle de ce document, où ne figure que la première partie (reproduite ci-dessous) du cantique. On voit que cette seule partie comprend déjà 10 couplets et demi, dont (dans un autre ordre) 4 des 5 ci-dessus. On remarque que le septième couplet recopie le premier.

On note l'hommage à Henri IV, personnage très en honneur sous la Restauration (on voit qu'une Loge, fondée en 1817 et présente ce jour-là, porte même son nom) et ici vanté pour sa tolérance. Monin oppose celle-ci au jésuitisme, qu'il condamne avec virulence : c'est en France une des premières manifestations de ce thème, qui deviendra quasi-obsessionnel par la suite, et qu'à l'époque on rencontre également dans la Belgique (à ce moment hollandaise).

           

CANTIQUE

 

Chanté par le Frère Monin,

   En présence de la députation de la Respectable Loge de Henri lV.

 

 Francs compagnons de la Maçonnerie,
Notre loi sainte unit le genre humain :
Le monde entier, voilà notre patrie,
Partout au frère un frère tend la main.

 A ses devoirs, en tout, partout fidèle,
Ami de l'ordre et de l'humanité,
Le franc-maçon doit être un vrai modèle
De fermeté, d'honneur et de bonté.

 Dans les banquets faut-il vider son verre,
Au feu jamais il ne s'est compromis ;
Dans les combats faut-il sauver un frère,
Le Franc-Maçon ne voit plus d'ennemis.

Grand Architecte ! ô source de lumière !
Dans l'univers, fais triompher nos lois ;
Du genre humain fais un peuple de frères,
A nos banquets fais asseoir tous les rois.

Que la sottise à la face bouffie,
An regard louche, au maintien suffisant,
L'intolérance armant l'hypocrisie,
Soient contre nous ligués avec Satan.

Le souffle impur de cette race immonde
Peut-il du ciel obscurcir le flambeau ?
Bravons ses coups, sous les débris du monde
Le temps peut seul creuser notre tombeau.

 Francs compagnons de la Maçonnerie,
Notre loi sainte unit le genre humain ;
Le monde entier, voilà notre patrie,
Partout au frère un frère tend la main.

 Ami du peuple et de la tolérance,
Le grand Henri, franc modèle des preux,
De l'union fit goûter à la France
Les doux bienfaits, objets de tous nos vœux.

Ne sait-on plus par quel affreux mystère
Fut dirigé le coup qui l'immola ?
Quand le pays qui pleure encor son père
Voit triompher les fils de Loyola,

Ces noirs enfans du ténébreux empire,
Ces ennemis de toute liberté,
Pour dominer s'efforcent de détruire
Du temple saint l'éternelle clarté.

Au Vatican, quoi ! de sa foudre usée,
Un prêtre va nous frapper sans retour !
...

 

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