La Saint-Jean d'Hiver 5808 au GOdF

 

Cette page présente les diverses pièces composant la partie musicale de l'édition 1808 de cette manifestation traditionnelle, qui débute comme il se doit par un témoignage d'amour envers Napoléon Ier.

 

 

 

 

 

FÊTE DE L'ORDRE,

Présidée par le Sérénissime Grand Maître.

CANTATE,

Paroles du Frère LAGARDE.

Musique du Frère JADIN, Membre du Conservatoire. 

RÉCIT

Chanté par le Frère BERTIN, de l'Académie Impériale de musique.

Dieu tout-puissant, essence protectrice, 
Grand Architecte et du Monde et des Cieux, 
Daigne prêter une oreille propice 
A nos accens religieux !

Si dans ce jour de bonheur et de fête,
Tes fidèles adorateurs, 
Devant ta majesté viennent courber la tête ; 
Si vers ton trône auguste ils élèvent leurs cœurs, 
C'est pour Napoléon que leur amour t'implore,
C'est pour le plus grand des mortels. 
Sur ce père chéri, que tout son peuple adore,
Verse tes bienfaits éternels.

AIR

Chanté par le Frère BAPTISTE, du Théâtre Feydeau.

Sur la terre il est ton image, 
Le sort du monde est dans ses mains ; 
Comme toi, clément, juste et sage , 
Il veut le bonheur des humains. 
Armé de la toute-puissance , 
Il l'exerce par des bienfaits ; 
La foudre, instrument de vengeance, 
Est dans ses mains l'instrument de la paix.

CHŒUR

Chanté par les Frères BAPTISTE, BERTIN et FASQUEL, du Conservatoire.

Peuples, que la reconnaissance,
Attache à son char glorieux,
Sous l'égide de sa puissance, 
Vous qui respirez plus heureux, 
Pour l'aimer, venez dans ce Temple, 
Vous y puiserez des leçons ; 
Au monde nous devons l'exemple, 
Nous sommes Français et Maçons. 

STANCE

En l'honneur du Très Sérénissime Grand Maître ; 

Paroles du Frère  ***, parodiées sur la Musique de FIORAVENTI, et chantées par le Frère BERTIN. 

Quel charme, Illustre Maître, en cette auguste enceinte 
Ta présence répand en ce jour solennel, 
L'amitié te contemple, et d'un cœur paternel 
Reconnaît sur ton front l'ineffaçable empreinte.

CHŒUR

Chanté par les Frères BAPTISTE, BERTIN et FASQUEL. 

(Les paroles sont parodiées sur la Musique de l'Opéra d'Idoménée, par MOZART.)

Jour heureux, jour d'ivresse , 
Délicieux momens, 
Qu'une rive allégresse 
S'unisse à nos accens.

STANCE

En l'honneur de son Excellence l'Ambassadeur de Perse,

Paroles de ***, Musique du Frère d'ARONDEAU ; chantée par le Frère BAPTISTE. 

Mais de la rive Orientale, 
Quel astre vient luire en ces lieux, 
Et de la pompe qu'il étale 
Éblouit et charme nos yeux ? 
C'est ASKER-KAN, dont l'influence 
Des arts entretient la splendeur ; 
D'un monarque ami de la France , 
On reconnaît l'Ambassadeur.

On reprend le chœur. 

Jour heureux , jour d'ivresse, etc.

DUO,

Chanté par les Frères BAPTISTE et BERTIN. 

Paroles du Frère ***, parodiées sur la musique d'un duo d'el Matrimonia per Raggiro, (de Cimarosa ).

Quelle pure jouissance 
Est ajoutée à nos plaisirs ! 

Amitié, par ta présence, 
Ne nous laisse aucuns désirs.

Ensemble.

A jamais sois notre guide, 
Des Maçons entends les vœux; 
Protégés par ton égide, 
Nous serons toujours heureux.

Par ta puissance,
Par ta constance ;
Et l'indigence, 
Et l'opulence, 
Sans préférence 
Sont a nos yeux.

A jamais sois notre guide, etc. 

Ensemble. 

Amitié, bonheur du sage, 
Tu remplis tous nos souhaits ; 
Des Maçons reçois l'hommage, 
Sur nos cœurs règne à jamais. 

Ces textes ont été repris ultérieurement dans le Tome VI (pp. 242-246) des Annales maçonniques de Caillot (ce tome est accessible sur Google-Books, derrière le tome V ; ces textes sont reproduits dans la colonne de droite), qui les fait suivre du commentaire suivant :

Remarques :

1. (haut de la p. 3) parodiées sur la musique de Fioraventi : nous supposons qu'il s'agit en fait de Valentino Fioravanti (1764-1837), compositeur d'opéras à l'époque fort apprécié. Son opéra La capricciosa pentita avait été donné à Paris en 1805, et en 1807, de passage à Paris, il y composa I virtuosi ambulanti (créé le 26 septembre au Théâtre Italien), dont on peut supposer qu'au moins un des airs était alors sur toutes les lèvres.

Ce que confirme d'ailleurs le fait que des airs de cet opéra ont fait à Paris l'objet d'éditions arrangées. Nous avons noté :

2. voir ici sur le Frère Fasquel, du Conservatoire.

3. Il matrimonio per raggiro est une tragi-comédie en 2 actes de Cimarosa, créée à Rome vers 1778-1779. Nous ignorons si et quand elle aurait été donnée à Paris, mais elle y était connue, puisqu'on trouve dans les productions, à cette époque, de l'éditeur A l'Accord Parfait, Mme. Ve. Decombe, Editeur et Marchand de Musique, Quai de l'Ecole, n°. 10, la partition intitulée Cavatina del matrimonio per raggiro / Chanté par Mr. Ranfagna / Musique du Célèbre Cimarosa, Avec / Accompt. de Guitare par Meissonnier / Lyre ou Guitare. Le texte n'indique pas de quel duo il s'agit dans cet opéra.

4. L'Ambassadeur de Perse mentionné, Askeri Khan, fait l'objet d'une autre page de ce site.

5. Le Frère Bertin, de l'Académie Impériale de Musique, fait l'objet d'une page de notre site compositeurs maçons.

6. Le Frère Baptiste, du Théâtre Feydeau, doit être Jean Mathias Batiste (1778-1848), baryton et compositeur de la Chapelle impériale de Napoléon Ier, puis chanteur de grande renommée à l’Opéra-Comique. Il fut le père de l'organiste Edouard Batiste (1820-1876) et le grand-père de Léo Delibes. Fesch signale qu'en 1806 le Frère Baptiste a également chanté des couplets du Frère Maxime de Rédon. On le rencontre à plus d'une autre reprise sur ce site. Il fait l'objet d'une fiche Bossu qui le donne comme membre d'Anacréon en 1808. Basso signale également (p. 214) qu'il a chanté en 1808 avec Albert, Bonnet et Nourrit un cantique pour l'installation de la loge de l'Athénée. 

7. Le Frère Jadin ne peut à notre avis être que le compositeur Louis Emmanuel Jadin (1768-1853), ou moins probablement son frère Georges.

8. Le Frère d'Arondeau est le compositeur Henry Darondeau.

9. L'auteur des paroles, Lagarde, est Joseph Jean Lagarde (1755-1839).

Le Frère Lagarde est mentionné comme suit par Bésuchet, dans le Tome II de son Précis historique de l'ordre de la franc-maçonnerie (p. 161) :

LAGARDE (le baron Joseph-Jean), né à Narbonne, le 11 mai 1755, fut reçu avocat au parlement de Flandre en 1776, conseiller du roi au bailliage de Lille en 1788, et exerça des fonctions publiques dans son département jusqu'au 15 brumaire an IV, époque où il devint secrétaire général du directoire exécutif. Ces fonctions ayant cessé par suite de l'établissement du gouvernement consulaire, M. Lagarde fut nommé, le 20 brumaire an X, préfet du département de Seine-et-Marne, baron de l'empire le 15 août 1809, et révoqué de sa préfecture en 1810, par suite de prévention et de quelques intrigues qu'il n'a jamais pu déjouer. Il avait été nommé membre de la Légion d'Honneur lors de la création de cet ordre.

Zélé maçon, il a été pendant plusieurs années secrétaire de la chambre d'administration du Grand Orient. Les procès-verbaux imprimés renferment, outre ses comptes rendus, diverses pièces de poésies maçonniques de sa composition.

Lagarde était devenu officier du Grand Orient en 1804 : voir à son sujet le riche ouvrage de Pierre Mollier et Pierre-François Pinaud, L'état-major maçonnique de Napoléon (Ed. A L'Orient, septembre 2009)

Ci-dessous, d'après l'ouvrage de Bazot Morale de la Franche-maçonnerie (1827), un extrait (p. 230) de son intervention à la Saint-Jean d'Hiver du Grand Orient en 1807 :

Au même centre réunis ,
Partageant l'éclat dont il brille,
Les maçons de tous les pays
Ne font qu'une seule famille. 

Il interviendra encore à la Saint-Jean d'Eté de 1810.

Ce document (un feuillet de 4 pages) a été retrouvé dans les papiers d'Henry Darondeau par ses descendants, qui ont aimablement accepté de nous en communiquer une copie. Il porte au bas de la quatrième page une mention manuscrite, peut-être de sa main : Couplets à mettre en musique.

Cette mention donne à penser que, au moment où il a reçu ce document, il n'avait pas encore composé la musique qui lui avait été demandée pour la Stance (bas de la p. 3) en l'honneur d'Askeri Khan.

Il faut probablement en conclure que ce feuillet avait été imprimé bien à l'avance, pour s'assurer qu'on pourrait le distribuer aux participants à la Fête, et qu'on a utilisé un des premiers tirages pour communiquer à Darondeau le texte qu'il avait à mettre en musique. C'est peut-être là l'explication du fait que la qualité maçonnique de l'Ambassadeur, fraîchement acquise par sa réception environ un mois plus tôt (le 24 novembre), n'y soit pas encore mentionnée.

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