Le réveil de la nature

Ce Cantique, mis en musique, et chanté par le Frère Laforêt, dans une Réunion Maçonnique qui a lieu, tous les ans, le 30 mai (ère vulgaire) figure aux pp. 22-4 du fascicule de Delorme Les faux-maçons, satire, suivie de poésies et chansons maçonniques.

Cette Fête maçonnique du Réveil de la nature, qui est une initiative de Mercadier, est mentionnée au Tome 2 des Annales maçonniques, qui en donne (pp. 225-237) d'autres textes (dont un de Grenier), après l'avoir présentée comme suit  (p. 225) :

Depuis quatre ans, des Membres du Grand Orient se réunissent chaque année, dans le courant du mois de Mai, et célèbrent dans un banquet maçonnique le Réveil de la Nature.

Ces réunions sont sur-tout remarquables par la grande régularité des travaux, le choix le plus épuré des Maçons, et de plus, par un caractère de gaîté et d'hilarité que le but de l'institution communique à tous les membres ... 

La Société du Réveil de la Nature

Il s'agissait en fait d'une véritable institution, dénommée la Société du Réveil de la Nature qui était une association para-maçonnique fondée en 1804 et composée de 33 membres tous membres du Grand Orient. On trouve sur Google un recueil de deux fascicules, l'un de 75 pages contenant ses statuts et son histoire, l'autre de (56 + 3) pages étant un recueil d'écorces (i. e. poèmes et cantiques) composées pour les différentes séances.

Les séances se tenaient (annuellement) A la gloire du Grand Architecte de l'Univers, sous les auspices de l'Amitié de la Confiance et de l'Union et sous le devise Amitié, Gaîté, Décence. Il y eut même en 1810 une tentative (avortée) d'instituer aussi, en décembre, une fête du Repos de la Nature.

L'acclamation est Mars Avril Mai et les cotisations sont des minéraux.

Parmi les membres et convives, on note Mercadier (qui est secrétaire général perpétuel), Roettiers de Montaleau, Roettiers fils, Thory, Dumolard, Lansel, Grenier, Godefroy de Beaumont, Dupaty, Muraire, Alissan de Chazet, Hargé père et fils, Bailleul, Caignart de Mailly, Lafon, Chevallier, Merché-Marchand et les chanteurs Bertin, Laforêt et Lefèvre. On note également la présence à cette liste d'un Frère Capelle, fidèle contributeur avec notamment cette chanson. S'agit-il du célèbre auteur de la Clé du Caveau, Pierre Adolphe Capelle (1770,2 ou 5 selon les sources - 1851), dont nous n'avons jamais vu mentionner nulle part l'appartenance maçonnique ? Nous pouvons donner à cette question une réponse absolument positive, puisque la chanson précitée, qu'il a donnée à la Société du Réveil de la Nature (et dont le texte n'a d'ailleurs rien de spécifiquement maçonnique), figure également dans un recueil de ses oeuvres en 1818.

On trouvera ici un autre cantique tiré du fascicule mentionné plus haut.

Dinaux, qui mentionne cette société, pense qu'elle s'est éteinte en 1812. Mais elle doit cependant avoir survécu, puisqu'on peut lire ici (en bas de page) que Ragon (personnage toujours fort avide du maximum d'appartenances maçonniques ou assimilées) en devint membre en mai 1817.

Le blog associé à ce site avait également consacré une page à cette Société à l'occasion de l'équinoxe de printemps 2018.



   

LE RÉVEIL DE LA NATURE ;

 

CANTIQUE,

 

Mis en musique, et chanté par le Frère Laforêt, dans une Réunion
Maçonnique qui a lieu, tous les ans, le 30 mai. (ère vulgaire).

 

 

Mille poètes, mille amans,
Ont chanté l’onde qui murmure,
Les fleurs qui poussent dans nos champs,
Et les oiseaux, et la verdure.
On a tout dit sur les saisons,
Oui, tout est dit, je vous l’assure :
Taisons-nous, mais admirons
Le réveil de la nature.

 

Beaux jours de mai ! riant tableau
De la richesse de l'année !
A ton aspect toujours nouveau,
La vue est toujours étonnée :
De les attraits et de tes dons
Ne pouvant tracer la peinture,
Taisons-nous et contemplons
Le réveil de la nature.

 

Mais, dans ce fortuné moment,
Joyeux Maçons, pourquoi nous taire ?
Tout nous invite au sentiment
De la gaîté la plus légère.
Faisons éclater nos chansons,
Et les élans d'une âme pure :
Chantons tous et bénissons
Le réveil de la nature.

 

Exauce les vœux de nos cœurs,
Architecte de l’œuvre immense !
Donne aux fruits qui chassent les fleurs
La maturité, l’abondance :
Conserve l’or de nos moissons,
Encourage l’agriculture :
Dans cet espoir jouissons
Du réveil de la nature.

 

Tant que nos yeux verront le jour,
Jurons, par la reconnaissance,
De fêter ce mois de l'amour,
Et les plaisirs qu'il nous dispense :
Oui, tous les ans, nous reviendrons,
Quand Flore étale sa parure,
Célébrer en vrais Maçons,
Le réveil de la Nature.

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